Infiltration du canal carpien, un traitement efficace pour soigner la maladie

Soigner un syndrome du canal carpien par infiltration de cortisone​ reste aujourd'hui le traitement médical le plus adapté à cette maladie de la main.

En l’absence de syndrome déficitaire (altération du nerf médian), le recours à un traitement infiltratif reste le traitement médical le plus simple et le plus adapté. Moins le canal carpien est sévère (et à condition qu’il soit gênant), plus ce traitement par infiltration sera adapté et efficace. Dans les formes sévères ou évolutives et malgré cette infiltration, il faudra par contre passer par une intervention chirurgicale. Le traitement infiltratif n’a en effet le plus souvent qu’un effet temporaire.

L’infiltration de cortisone est un traitement beaucoup plus efficace que les médecines douces ou les traitements naturels pour un canal carpien. Ce traitement médical peut être réalisé éventuellement de façon répétée en fonction du résultat obtenu. Un traitement par infiltration du canal carpien doit être réalisé dans l’idéal par un rhumatologue et ne nécessite pas d’être fait sous échographie.

Technique d'infiltration du canal carpien

L’infiltration du canal carpien est simple pour les praticiens formés à sa réalisation, ce qui est le cas de tous les rhumatologues et de certains médecins généralistes. La technique consiste en une injection de cortisone dans le canal carpien au niveau du poignet (qui doit être faite sans blesser le nerf) dont l’effet anti-inflammatoire puissant va permettre de le décongestionner.

Le point de piqure se situe en amont du pli de flexion du poignet sur sa face antérieure à hauteur du fermoir d’un bracelet montre. Le point de pénétration de l’aiguille est très précis et nécessite un praticien ayant l’expérience de ces infiltrations pour ne pas risquer une blessure du nerf médian ou une lésion tendineuse.

Comme pour tout médicament, les effets indésirables sont exceptionnels et en principe sans gravité, comme des réactions allergiques ou une intolérance transitoire. Le seul inconfort reste la piqûre pour réaliser l’infiltration au poignet. Certaines contre-indications sont à respecter (allergie, sportif, diabétique, patient sous anticoagulants ou anti-aggrégant plaquettaire type aspirine ou Kardegic).

Infiltration du canal carpien, risques et effets secondaires

L’infiltration du tunnel carpien est de réalisation simple et peu dangereuse. Elle permet d’obtenir une forte concentration de produit anti-inflammatoire (la cortisone) dans le canal carpien ce qui va diminuer le volume du contenu du canal en le décongestionnant et ainsi soulager le nerf médian qui devient moins comprimé. La cortisone agit sur la ténosynovite des fléchisseurs par son action anti-inflammatoire et son caractère un peu atrophiant.

L’effet est donc à deux niveaux :
– Un effet qui dure le temps d’action du produit
– Un effet plus durable modifiant discrètement mais durablement la taille du contenu

Ces injections permettent surtout d’attendre en soulageant les douleurs à la main, et de voir au calme et sur le long terme l’évolution de la maladie. La diffusion de la cortisone est négligeable dans le reste du corps et inférieure à ce que l’on sécrète spontanément comme cortisone, hormone naturelle chez l’être humain. Il n’y a donc pas d’effet général néfaste de l’infiltration.

Contre-indications avant infiltration

Les infiltrations pour un canal carpien sont en principe contre indiquées chez les patients sous anticoagulants ou sous antiaggrégants plaquettaire (aspirine, Kardegic) du fait du risque de saignement sur le point de piqure. L’injection de cortisone doit en principe être évitée chez les patients diabétiques car elle risque de déstabiliser l’équilibre du diabète.

Chez les sportifs, la cortisone entre dans la catégorie des produits dopants. Il convient donc d’être prudent et de signaler ou obtenir l’accord de la fédération sportive en prévision d’éventuels contrôles anti dopages.

Les patients allergiques à la cortisone ne doivent pas faire d’infiltration. Une allergie peut survenir après une première utilisation sans manifestation allergique.

Effets secondaires

Un effet indésirable particulier est le syndrome de Tachon. C’est un effet secondaire immédiat rare et rapidement réversible des infiltrations de glucocorticoïdes, dont l’évolution est le plus souvent favorable et qui doit être connu des praticiens pratiquant des infiltrations. La symptomatologie du syndrome de Tachon se caractérise par de violentes douleurs lombaires et/ou dorsales et/ou thoraciques, survenant quelques minutes après l’infiltration.

L’expression du syndrome est donc assez marquée mais l’évolution se fait classiquement et rapidement vers la régression rapide des douleurs. Ce trouble pourrait s’expliquer par le passage du produit dans une veine à l’occasion d’une brèche de celle-ci faite lors du geste. Il est nécessaire de pouvoir calmer le patient et le rassurer après avoir éliminé les urgences médico-chirurgicales classiques, car le syndrome de Tachon reste un diagnostic d’élimination.

Douleur et infiltration

Les douleurs après cette infiltration au poignet en dehors de celle de la piqure sont minimes. Elles disparaissent en général très rapidement. Parfois il peut y avoir une aggravation transitoire des symptômes du canal carpien du fait du volume du produit et de la petite inflammation en rapport avec l’injection et la diffusion du produit.

Ces signes sont sans gravité et disparaissent très vite. Une vive douleur comme une décharge électrique violente irradiant dans les doigts au moment de la piqure est anormale et exceptionnelle. Elle traduit une piqure accidentelle du nerf médian. Il est important d’informer le patient de cette possibilité, même si cela est exceptionnel pour qu’il ne retire pas brutalement sa main au risque d’aggraver la lésion nerveuse et de retirer simplement l’aiguille sans injecter le produit minimisant ainsi le risque d’une lésion du nerf.

Sinon en dehors du syndrome de Tachon, les quelques douleurs après une infiltration du canal carpien sont minimes et facilement soulagées par la prise éventuelle d’un antalgique comme le paracétamol. En cas d’intensification temporaire du canal carpien, le port d’une petite attelle ou l’application d’une petite poche de glace peut compléter la prise d’antalgique.

Arrêt de travail après l'infiltration et reprise des activités manuelles

L’infiltration pour canal carpien ne nécessite pas de réel arrêt de travail ni de repos particulier. La mobilisation des doigts permet au contraire une meilleure diffusion du produit d’infiltration. Il faut éviter tout au plus pendant 48h les activités lourdes.

Immédiatement après l’infiltration, on peut reprendre des activités normales et faire bouger ses doigts en serrant et desserrant le poing, ce qui est bénéfique pour bien faire diffuser le produit et en obtenir une bonne répartition dans les gaines synoviales qui entourent les tendons fléchisseurs dans le canal. Il faut éviter par contre des gestes trop en force (sport, bricolage ou ménage intensif) pour des questions de confort pendant les 24 premières heures. En effet, il est nécessaire de voir d’abord si la première nuit se passe bien après infiltration. Le patient peut parfois constater (cela reste rare), du fait du volume du produit injecté, une augmentation temporaire des symptômes avant que le produit ne se résorbe et devienne efficace.

Récidive après l'infiltration du canal carpien

récidive apres infiltration canal carpien douloureux main

Ces injections de cortisone permettent de soigner le canal carpien sans chirurgie et d’éviter parfois une opération de la main prématurée. Les infiltrations du canal carpien doivent donc être assez systématiquement tentées au début de la maladie. Il est classique de considérer qu’au-delà de trois infiltrations s’il y a récidive du canal carpien, le traitement chirurgical devient raisonnable. Cette décision est à adapter après avoir pris conseil auprès du médecin généraliste ou du rhumatologue.

L’infiltration de cortisone dans le tunnel carpien est surtout intéressante pour voir si l’inadéquation de taille entre un canal carpien trop petit et un contenu du canal trop gros est durable ou transitoire. Dans les formes transitoires de cette maladie de la main, ce traitement médical soulage le temps de la guérison. 

Dans les formes durables, la récidive du canal carpien est systématique une fois l’effet du produit passé.

En cas d’échec du traitement par infiltration ou dans les formes d’emblée sévères ou hyperalgiques, une opération du canal carpien devient la seule alternative.

Questions fréquentes sur cette infiltration du poignet

La durée de l’effet d’une infiltration du canal carpien est très variable, pouvant aller de rien ou quelques jours seulement à un soulagement définitif. Le plus souvent, le soulagement obtenu est cependant plutôt de quelques mois (entre deux et 12) avant récidive.

Le résultat varie en effet en fonction des circonstances qui ont entrainés l’apparition de la maladie. Par exemple, un canal carpien au détour d’une chute ou d’un effort particulièrement intensif et ponctuel (ponçage d’un parquet, séance sportive type aviron très intensive, …), où le gonflement du contenu du canal carpien est souvent temporaire et se résorbe avec le temps, va pouvoir être bien soulagé par l’infiltration de cortisone. Elle laisse le temps au gonflement du contenu du canal de se résorber spontanément par la disparition de l’hématome ou de l’inflammation.
Du coup une fois que l’infiltration aura fini d’agir, il n’y aura pas de récidive en l’absence de nouvel épisode de chute ou d’effort excessif. C’est le même principe que lors de la grossesse, où le plus souvent le canal carpien régresse spontanément après l’accouchement.

Cependant pour certaines formes très algiques ou sévères, la compression est telle qu‘elle risque d’endommager le nerf et l’infiltration réalisée en excès risque alors de masquer la compression du canal carpien qui persiste et reste nocive pour la survie du nerf qui peut pour les formes aiguë se détruire rapidement et définitivement. Il faut alors décomprimer parfois chirurgicalement et rapidement le nerf médian avant qu’il ne soit irrémédiablement altéré.

Par ailleurs en cas de récidive, les infiltrations deviennent le plus souvent de moins en moins longtemps efficaces. On limite souvent à trois le nombre d’infiltrations, sauf exception particulière.

Le rhumatologue est le plus habilité à faire ces infiltrations qui ne nécessitent pas de contrôle radio ou échographique. Certains médecins du sport ou médecins traitants ont cependant l’expérience de ces infiltrations au poignet. En cas de diabète, prendre l’avis de son diabètologue est prudent.

De même lors de la prise d’un anticoagulant ou d’un antiagrégant plaquettaire (aspirine, kardegic) qui constituent une contre-indication classique aux infiltrations de cortisone, il est nécessaire de prendre l’avis du médecin qui gère les anticoagulants ou d’éviter l’infiltration.

Les infiltrations ne conservent un intérêt que si elles sont efficaces et ne masquent pas l’apparition d’un syndrome déficitaire. Ce déficit traduit une destruction progressive du nerf médian qui altère la fonction de perception et donc l’efficacité de la main. Les infiltrations du canal carpien ne doivent donc pas être trop fréquentes ni trop longtemps répétées. Le plus souvent, si trois infiltrations n’ont pas définitivement résolu le problème, il convient de passer plutôt à un traitement durable du canal carpien et donc à une opération.

Cependant, certains patients ont une efficacité prolongée de leur infiltration et en font une par an, avec parfois un bon résultat et sans aggravation de la compression nerveuse ni syndrome déficitaire et avec un contrôle électromyographique rassurant.
Il arrive donc que ces patients puissent bénéficier d’infiltrations plus nombreuses et sur une durée plus longue (6 infiltrations sur 6 ans par exemple). Cependant, cela ne résout pas pour autant le problème et ne fait que différer probablement la prise en charge chirurgicale du canal carpien.

Il est possible de repartir de la séance d’infiltration du canal carpien en conduisant. Par contre, ce n’est pas forcément le plus confortable si l’infiltration du canal carpien a été un peu douloureuse. Cependant la cortisone n’altère pas la vigilance et la main est autorisée à bouger sans conséquence négative. Charge au patient de voir s’il est capable d’utiliser sa main sans manque de force et d’agilité, ce qui relève de sa responsabilité.

En cas de doute avant de conduire, un petit autotest simple consiste à vérifier que l’on est capable de soulever une bouteille pleine d’1 litre d’eau et prise à pleine main sans difficulté.

Le nombre d’infiltration avant de traiter chirurgicalement un canal carpien dépend des circonstances. Parfois, il faut opter d’emblée pour le traitement chirurgical sans faire aucune infiltration. Cela concerne toutes les formes où le syndrome du canal carpien est d’emblée sévère ou déjà déficitaire. En cas de doute, un examen électromyographique (EMG) est le plus à même d’apprécier l’importance de la souffrance nerveuse. Si le nerf médian est déjà altéré ou très comprimé, le traitement par infiltration du canal carpien n’est plus de mise et risque au contraire de masquer l’évolution de la maladie, la laissant se poursuivre en créant alors des lésions nerveuses irréversibles et préjudiciables à la bonne fonction de la main ou au confort de vie. A l’inverse, tout canal carpien débutant ou modéré peut bénéficier dans un premier temps d’un traitement par infiltration de cortisone qui peut être poursuivi tant qu‘il donne satisfaction à savoir un bon soulagement et d’une durée suffisante (quelques mois).

Classiquement, si la guérison n’est pas obtenue au-delà de trois infiltrations, on considère qu’il faut passer ensuite à une intervention chirurgicale car aucune amélioration du résultat avec l’infiltration ne sera alors possible. Le traitement chirurgical doit être défini ensuite avec une stratégie précise :

  • En choisissant d’attendre grâce au soulagement temporaire obtenu par l’infiltration pour fixer une date opératoire dans une période professionnelle ou personnelle favorable pour la mise en place de l’intervention,
  • En évitant toutefois de refaire une infiltration du canal carpien dans les six semaines avant l’opération du canal carpien.